Elle passe ma porte, en ce samedi d'avril pluvieux: un sourire de façade accroché à son visage de quadragénaire. Le coeur en mille morceaux. Un bouquet de lilas fraîchement cueillit, à la main.

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Il a décidé d'arrêter là. Il y a trois semaines, il lui a dit. Dit que stop. Qu'il ne voulait plus d'elle. Qu'il voulait autre chose. Qu'il n'y avait personne d'autre encore, mais qu'il ne voulait plus de cette vie là. La terre, sous elle, s'est ouverte en  grand. Elle n'a rien vu venir. Elle n'a rien voulu voir venir. La quarantaine est mortelle pour les couples.

Elle s'assoie sur le canapé. J'aime à discuter avec mes "patients" avant d'oeuvrer. Elle est en miette. Elle nous raconte son histoire, à Madame Enzo et moi. Nous avons aussi vécu ce genre de chose. Nous savons. Les larmes coulent. Une grande fille comme elle! Mais que vais-je devenir?

Nous passons dans la pièce de soin. Comme à mon habitude, je lui demande de dégrafer son soutiens gorge et son pantalon. Il y a longtemps qu'on ne lui a pas demandé de faire une telle chose. Longtemps qu'on ne lui a pas fais glisser ses vêtements pour la dénuder, pour la regarder, pour l'aimer. Elle me le confiera pendant le soin.

Je lui explique ce que je vais faire: Prise du taux vibratoire, détection des entités, des failles puis soin. Mais elle s'en fout. Elle se demande bien ce qu'elle fait là. Elle sanglote. J'oeuvre. Des failles, il y en a deux. Une au coeur, une au plexus solaire. Normal dans son état.

J'explique. J'écoute. Je commence le soin Reiki en traitant la faille du coeur. Je lui demande de respirer. Depuis qu'elle est sur la table de massage, elle est en apnée. Trois respirations plus tard, elle se vide de larmes. La respiration a fait péter les barrages. J'envoie de l'énergie dans ce chakra du coeur fracassé. Ça ne fait qu'amplifier ses sanglots. Je l'exorte à ne surtout pas se retenir. Qu'on est là pour ça. Que nous sommes que tous les deux et que ça ne pourra que lui faire du bien.

Je bouche le plexus. Elle n'en peut plus. Elle se redresse. Attrape un millième mouchoir. Respire. Tente de se reprendre. Elle est toujours amoureuse. Elle le dit. Elle ne veut pas. Elle ne comprend pas. Elle est nulle. Elle le dit. Incapable. C'est un échec. Sa vie est un échec. Classique.

On reprend: La tête. Je lui parle. Lui explique qu'elle n'est pas plus conne qu'une autre. Qu'elle a tout ce qu'il faut pour vivre sans personne. Q'uil faut qu'elle se fasse confiance. Qu'elle va trouver les ressources. Qu'elle les a de toute façon.

Je passe sur le coeur encore une fois. Tout n'est pas sorti. Encore un torrent. Un torrent libérateur de toute cette pression accumulée ces dernières semaines.

"Tu veux bien passer sur le ventre s'il te plaît ?".

Elle s'installe. Je pose mes mains sur sa tête. Elle se dégonfle. Je le sens. La musique zen, l'encens, mes paroles, l'ambiance l'ont mise en confiance. La vie recommence à couler doucement en elle. Je la sens mieux.

Je finis le soin. Je lui propose de prendre le temps pour abandonner la table de massage. Je ferme la porte et la laisse un moment, seule, dans cette ambiance là.

Je rejoins ma compagne dans le salon. On l'attend. La voici. Le rose au joue. Le taux vibratoire bien plus haut qu'en arrivant. On la sent mieux. Beaucoup mieux. On discute encore un peu de son "problème". Elle ne craque plus. Elle ne pleure plus.

Mission accomplit, au moins pour aujourd'hui.

Ce matin, chez nous, ça sent le lilas.