L'ésotérisme c'est très bien, mais ça ne nourrit pas son homme. Ni sa femme d'ailleurs. Alors, chaque samedi, Madame Enzo et moi, nous rendons à notre marché de quartier que nous affectionnons tout particulièrement. Les forains qui sont là, sont heureux d'être là et, pour la plupart, sont plutôt lumineux.

Donc, en ce matin ensoleillé, mais frais de cette fin d'avril, nous sommes en attente devant l'étale d'un jeune primeur plein d'humour et d'énergie. Nous étions plutôt paisible à échanger sur la fameuse question que tout le monde se pose au moins cinquante cinq millions de fois chaque jour ou chaque semaine: "Qu'est ce qu'on va manger?"
Quelle angoisse. C'est pénible d'avoir l'embarras du choix? Non? Profitons. Vivement qu'on ne se nourrissent tous que d'énergie.

Quand tout à coup, notre quiétude fut rompue par l'apparition d'une femme d'une petite quarantaine d'années au style un peu baroudeuse pas très clean. Oui. Les bobos jugent le petit peuple. Les bobos ne se refusent rien puisqu'ils sont les rois du monde.

Cette humaine souhaitait des pommes. La voici qui rentre dans ma bulle intime en me mettant sous le nez, un plateau de belles petites pommes rouge et jaunes en me demandant ce que c'était.

Je fut déstabilise.
Déstabilisé parce que cette femme était bien trop près de moi pour une inconnue.
Déstabilisé parce que cette femme faisait fi de toutes les règles de base du respect et de la bienséance.
Déstabilisé parce que cette femme ne dégageait rien de bon. Derrière son sourire de façade, se cachait quelque chose de malsain. Quoi? Là tout de suite, je ne saurai dire, mais je me sentais envahi.

Je répondis avec un ton sarcastique mais souriant et ma foi amusé: "ce sont des pommes". Il est taquin le bougre.

Mon humour ne lui plaît pas. Elle lève les yeux au ciel. C'est pas pour ça qu'elle sort de ma bulle. Je ne suis vraiment pas bien.
Elle hèle le petit primeur: "Je peux goutter?" En disant ça, elle essuie la pomme et croque dedans. Ou sont les codes?
Le petit primeur lui dit: "Donnez moi vingt euros et je vous les rendrais si je veux".

Le mal est fait. La pomme est croquée. Elle n'est pas emballée. La peau est trop épaisse dira-t-elle. Mais elle achète. Elle oublie lamentablement de faire la queue "comme tout le monde". Jette l'argent dans les mains du forain et s'évapore.

Cette leçon du bien vivre ensemble terminée, nous continuons nos emplettes. Madame Enzo s'est assombrie. Je l'ai vu se fermer alors qu'elle avait le sourire jusqu'à présent.

J'ouvre la conversation. Je te la fais courte. Nous avons été envahi tous les deux. Nous ne savons pas de quoi. Mais nous sommes persuadés que cette personne y est pour quelque chose.

Lundi 15h. C'est la pause. Je discute énergie avec un bon collègue. Il a besoin d'un petit coup de pouce énergétique en juillet pour passer ses niveaux d'aikido. C'est dit. Je lui bloque du temps pour des soins à distance. Pendant que nous parlions, la gène que j'avais depuis ce matin à l'omoplate gauche devient de plus en plus génante. Aujourd'hui, je n'arrive pas à me concentrer. Depuis ce matin, je suis taciturne. Dérangé.

Et puis, je retourne à mon bureau. Non, je n'y arrive pas. Et cette gène qui se fait de plus en plus présente. Je me sens oppressé. Et bing. La lumière. Et si la folle du marché m'avait filé une entité? Elle en portait trois. J'avais testé pour voir. 

J'appelle ma famille ésotérique à l'aide. Elles sont là. Elles font tourner les pendules pour moi. Je ne suis pas seul. C'est la panique. Que faire? Mes mamans sont toutes occupées et ne peuvent pas intervenir. Et si je m'occupais de moi tout seul comme un grand?

Ben oui. Je sais faire ça moi. Et puis je risque quoi? D'en attraper une supplémentaire?

I went to the tochiot (Et oui. Je suis aussi bilingue). Je suis fébrile. Je fais pipi (Ben oui quoi.Tant qu'a faire). Et c'est parti pour la prière. Je m'y reprends à deux fois. Un énorme frisson me parcours le côté gauche. Côté gauche que je sens se détendre.

Toujours dans mon bureau de consultation (les toilettes quoi), je fais tourner le pendule pour moi même. Tout est ok. Et Madame Enzo? Ok aussi. Ouf

Je retourne à mon poste. Vidé. Je ne ferai pas long feu. 
C'est épuisant le transport d'entité.